


Hot Hot Heat – Future Breeds
Les bonnes idées s’usent avec modération. Mais quand on en abuse, gare à l’indigestion! Comme XTC, ce groupe de Vancouver pratique une pop aérée et teintée de funk. Mais comme Franz Ferdinand, son autre inspiration revendiquée, Hot Hot Heat livre un quatrième album où, dès la moitié, l’auditeur est gagné par la désagréable impression d’avoir déjà entendu la même chose au début du disque. Bref, un disque réussi. Et tout autant raté.


Feeder – Renegades
Après un Comfort in Sound (2002) qui leur avait ouvert la porte des média mainstream et des stades, où ils ont ouvert pour Coldplay, les Londoniens sont retournés à leurs premières amours: un rock binaire qui se trouve mieux à sa place dans chaque petit club possédant au moins une pompe à bière en état de marche que dans de grandes arènes. Cet enthousiasmant Renegades contient donc onze titres bruts, courts et mélodiques, façon Foo Fighters des débuts. Un juste retour des choses… Surtout pour un groupe qui a sans doute parfois eu le défaut de se laisser entraîner à viser trop haut.


Warpaint – The Fool
Déjà bien établi en Californie grâce à un premier ep (Exquisite Corpse) en forme de secret le mieux gardé de la scène indie locale, ce girls band annonce enfin joliment la couleur au monde entier. Grâce à un album qui tient toutes ses promesses. Avec ce The Fool évanescent comme du XX, délicat comme du Cat Power, et chanté par une voix qui rappelle les Cranes, fers de lance de la new wave dark et planante des années 90, Warpaint signe un arc-en-ciel sonique tout en nuances et en délicatesse. Le croisement idéal entre nostalgie et perspectives d’avenir !


Interpol
Cheveux impeccablement taillés à la serpe, costume, cravate et chaussures noires parfaitement cirées. On pourrait presque confondre Daniel Kessler avec l’un des participants au séminaire commercial de haut vol qui se tient dans l’hôtel où nous rencontrons le guitariste d’Interpol. Sauf qu’il ne parle pas courbes de vente, mais plutôt virage musical en douceur et bonnes manières. ‘Je n’ai jamais vraiment compris pourquoi le rock devait absolument être associé à une certaine négligence vestimentaire. J’adore les groupes qui, comme Kraftwerk, soignent leur apparence sur scène, ça fait entièrement partie du show. Quand je vois les Pixies et plein d’autres se présenter face au public en portant leurs vêtements de tous les jours, ça me gâche le plaisir.’
Et si l’habillement des membres d’Interpol est essentiel, l’habillage de leur nouvel album éponyme aussi. Notamment grâce à une production pas chiche en reverbs et en basses bien lourdes qui fournissent à une bonne moitié des titres un billet de retour aux sources vers le premier Turn on the bright lights (2002). Tandis que l’autre partie de ce quatrième effort, emmenée par un sautillant et presque pop Barricade, ouvre une nouvelle ère.
Après des disques qui sentaient bon le Joy Division à sens unique, Interpol s’est retrouvé à la croisée des chemins. Et a préféré hisser son public vers d’autres sphères plutôt que ramper vers lui. Avec un sens du compromis aboutissant à un résultat pas hybride du tout, du genre à faire pâlir de jalousie n’importe quel négociateur gouvernemental autour de BHV.
’Il aurait fallu se décider entre deux options: conserver notre image au risque de nous répéter, ou élargir nos horizons quitte à décevoir certains fans qui se complaisent dans la redite. Nous avons choisi de ne pas choisir, en essayant finalement de contenter tout le monde. Je pense que cet album nous fait passer de la catégorie des bons groupes indés aux formations plus mainstream, sans que ce soit péjoratif pour autant. Nous sommes prêts à affronter des audiences plus larges et plus mélangées, toutes générations confondues.’ La preuve: le gang New Yorkais ouvrira les hostilités lors des deux concerts bruxellois de U2. ‘Une expérience particulièrement excitante. Car il s’agira de jouer devant des gens qui, en majorité, ne nous connaissent pas et, en totalité, ne sont de toute façon pas venus pour nous voir. Ce sera un test grandeur nature. On saura tout de suite si c’était une bonne idée de changer de registre ou pas. Car les Belges sont réputés très critiques et directs.»’


Arcade Fire – The Suburbs
Premier constat à l’écoute de The Suburbs, le très attendu troisième album des Canadiens: Arcade Fire fait du… Arcade Fire! Appliquée à une foule d’autres groupes, cette sentence un peu simpliste sonnerait comme un reproche pour manque d’audace et de surprise. Mais ce collectif a réussi à se forger une personnalité tellement ample, à la fois fascinante et multi-facettes, qu’il n’en a pas encore exploré tous les recoins. Et voilà justement ce qui le rend si passionnant.
Sur ce nouveau disque, quelques supernova comme We Need to wait (qui fait songer de très près à Rebellion (Lies) sur leur inaugural Funeral) se chargent de baliser le terrain connu de la galaxie Arcade Fire. Tandis que des envolées plus rock (telle cette plage titulaire speedée comme jamais) élargissent le débat tout en conservant cet arc-en-ciel d’instruments caractéristique de la bande à Win Butler. Bref, Arcade Fire fait partie de ces musiciens rares, comme The Cure ou notre Daan national, capables de changer radicalement de style à chaque album tout en restant instantanément reconnaissables.
‘J’aime effectivement ce genre de démarche. Outre Cure, on pourrait aussi citer Tom Petty ou T-Rex dans le même registre.’, nous explique Richard Parry, grand duduche multi-instrumentiste. Qui passe les concerts à sauter du clavier à la guitare tout en assurant les percussions avec tout accessoire qui passe à portée de ses énormes paluches. Mais sous ses airs de Remy Bricka, les colombes en moins et le rock’n roll spirit en plus, Parry est aussi une des chevilles ouvrières du groupe. Dont le travail de studio, souvent effectué dans l’ombre du couple formé à la ville par Win Buttler et Régine Chassagne, n’en reste pas moins vital au bon fonctionnement de ce club des sept mercenaires soniques. Et personne ne doute qu’il n a encore été de même cette fois-ci.